| |
Utilisation de GPS en
colombophilie : Bilan de nos premiers essais
Qui n’a pas rêvé de savoir par où est passé son
pigeon lors d’un concours ? La mise au point par
les militaires américains d’un système de
localisation par satellites (GPS pour Global
Positioning System) et la miniaturisation des
composants électroniques ont permis à deux
équipes, une allemande et une italo-suisse, de
fixer un module GPS sur le dos de pigeons .
Alors que les articles montrant la faisabilité
de suivre les pigeons grâce au GPS sont sortis
depuis déjà plus de deux ans, peu d'articles
concernant l’orientation du pigeon voyageur sont
sortis utilisant cette technologie… Nous avions
contacté le Prof. Lipp afin de tester ces
appareils, et d’étudier le comportement de
pigeons lorsqu’ils sont confrontés au relief. Le
Prof. Lipp nous a accordé sa confiance et nous
avons obtenu nos premiers GPS fin 2001 (voir
photo 1). Nous avons utilisé ces GPS pendant
l'été 2002 et les résultats n'ont pas été à la
hauteur de nos espérances dans cette
technologie.

Photo 1 : Dimension du
GPS fixé sur le dos du pigeon. Le poids est de
32 grammes et la hauteur totale de 1.8 cm
Dans les articles cités ci-dessus utilisant
cette technologie, les pigeons qui ont été
équipés étaient des pigeons expérimentés, âgés
de plusieurs années. Notre but n'étant pas de
reproduire les expériences de nos collègues,
nous avions décidé d'équipé de GPS des pigeons
sans aucune expérience, afin de suivre
l'apprentissage des oiseaux. Nous espérions
obtenir des informations concernant
l’orientation des pigeons, dans les errements
des jeunes pigeons.
Ces pigeons avaient été fournis par la station
d'élevage "Natural". Nous avions choisi des
mâles, pensant que ceux-ci, de part leur
corpulence supérieure par rapport aux femelles,
seraient plus aptes à supporter le poids des
GPS. Ces mâles sont arrivés à notre colombier au
mois de juillet 2001 et n'ont pas été entraînés
au cours de la saison 2001. Ils ont par contre
volé plusieurs heures par jour autour du
colombier jusqu’au début de l’automne. Pendant
l’hiver, les pigeons ne sont pas beaucoup sortis
pour éviter la prédation due aux rapaces,
importante dans notre région. A la fin de
l’hiver, les pigeons ont repris leur
entraînement quotidien. Malgré la
miniaturisation en électronique, les GPS pèsent
tout de même 32 grammes et représentent donc un
peu moins de 10% du poids de l’animal. Afin de
les habituer à voler avec un objet sur le dos,
nous avons commencé à équiper ces jeunes mâles
avec des poids de plus en plus lourd au cours du
printemps 2002. Ces poids ont le même
encombrement que les GPS (taille et hauteur)
Deux poids ont été utilisé : le premier de 11 g
(voir photo 2), le deuxième de 19 grammes.

Photo 2 : Les plumes
du dos du pigeon sont coupées très courtes, et
une bande velcro est collée directement sur la
peau et les plumes avec de la colle
cyanoacrylate gel. Les poids ou les GPS sont
équipés de la bande velcro opposée.
Première constatation, dès que l'on équipe les
pigeons du poids de 11 g, la durée des volées
devient extrêmement réduite. La durée des volées
n'augmente pas dans les semaines qui suivent :
le pigeon fait quelques tours puis se pose
rapidement sur le toit du colombier. La volée ne
dure jamais plus de quelques minutes. Il faut
noter que les autres pigeons du colombier,
lâchés en même temps et qui ne sont pas équipés
de poids ont des volées normales et n'hésitent
pas à monter très haut dans le ciel. Lorsque
nous posons le poids de 19 grammes, certains des
pigeons équipés ne volent quasiment plus.
Incontestablement, le poids handicape fortement
le vol du pigeon et celui-ci préfère s'arrêter
de voler. Par contre le comportement du pigeon
dans le colombier ne nous a paru pas modifié :
le pigeon défend normalement son casier,
s'accouple et élève ses petits, leur croissance
étant tout à fait régulière. Ainsi, il n'y a
qu'une activité qui semble handicapée : c'est
celle du vol. Le pigeon supporte donc
parfaitement le poids au colombier et le stress
n'est présent que lors de la volée. Un des
pigeons présentait cependant après plusieurs
semaines, une blessure sur l'avant-bras.
Certains mouvements du vol mettent donc en
contact le poids et l'avant-bras. Le refus de
voler pourrait provenir peut-être d'une gêne
mécanique. Cependant nous n'en sommes pas sûr
car seul un pigeon présentait ce type de
blessure. Devant l'arrêt des volées, nous avons
arrêté de mettre un poids aux pigeons pendant
quelques semaines, afin qu'ils reprennent leur
entraînement musculaire quotidien.
Les premiers essais.
Malgré le manque de motivation évidente de voler
avec un poids, nous avons quand même décidé de
lâcher les oiseaux avec un GPS à partir de
points de plus en plus éloignés du colombier (2
– 4 –8 km). Les oiseaux ont été lâchés un par
un. Equipés du GPS, ils cherchent immédiatement
un arbre pour se poser. Incontestablement, le
stress du poids supplémentaire « embarqué »
s’ajoute au stress lié à leur premier lâcher et
les oiseaux sont très perturbés. Lâchés à deux
km et alors que le colombier est visible à l’œil
nu (il est situé en hauteur, à flanc de
colline), ils resteront dans un arbre entre 1 et
2 heures, sans bouger. Après ce laps de temps,
de manière surprenante, les pigeons vont
rejoindre leur colombier, mais leur itinéraire
ne sera pas droit mais particulièrement courbe
(voir tracés dans la photo 3).

Photo 3 : Itinéraire
des pigeons lors des lâchers à 2 km (en vert) et
à 4 km en bleu. Le colombier est situé au niveau
de l'étiquette jaune avec le soleil. Au niveau
des longs segments rectilignes en pointillé,
l'itinéraire des pigeons n'a pu être enregistré
car les GPS ont perdu pendant un laps de temps
le contact avec les satellites leur permettant
de calculer leur position. Ces traits en
pointillés ne sont donc qu'une estimation de
leur itinéraire.
Ces tracés montrent à quel point le vol des
pigeons n'est pas droit, mais brisé. Lors d'un
concours, la seule chose dont nous avons accès
est la vitesse théorique du pigeon. En fait le
pigeon parcourt plus de chemin que nous ne
l'imaginons. Il serait intéressant de savoir si
tous les pigeons ont ce vol brisé ou si les
grands champions ont un vol plus rectiligne, ce
qui permettrait de comprendre leur victoire.
Le GPS donne non seulement les coordonnées de
l’oiseau à tout instant, mais aussi son
altitude. Il était donc intéressant d’étudier
l’altitude à laquelle les pigeons équipés de GPS
volaient. La courbe présentée dans la figure 1
représente la hauteur à laquelle le pigeon vole
par rapport au sol. Le pigeon lesté avec le GPS
vole relativement bas, une quinzaine de mètre
au-dessus du sol au démarrage (polygone marron).
Il ne suit que légèrement les oscillations du
terrain. Il ne prend que difficilement de
l'altitude, 20 m en 1 km. Par rapport à des
pigeons contrôles (même âge, même expérience)
dont l’itinéraire est suivi avec des jumelles,
l’itinéraire ne semble pas être différent. Par
contre le comportement est très différent : tout
d’abord, très peu de pigeons se posent, de plus
les altitudes sont très différentes : Les
pigeons qui ne sont pas encombrés par le GPS
prennent très rapidement de l’altitude,
plusieurs centaines de mètres et plongent alors
sur le colombier. Lors de leur deuxième lâcher,
distant de 4 km, le même comportement a été
observé. Sur la photo 3, l’on s’aperçoit très
nettement que le pigeon lâché à 4 km (tracé
bleu) fait demi-tour après quelques centaines de
mètres. Ce comportement est surprenant car le
pigeon devrait voir son colombier de l’endroit
où il vole. Il n’a donc pas reconnu de manière
certaine l’endroit où il se trouve. Ce fait est
troublant, vu que nombres d’auteurs sont
persuadés que les pigeons utilisent la vue dans
les derniers km pour s’orienter (voir article du
Prof. Van Grembergen P.R. N°13/2002). Cette
non-reconnaissance des environs est peut-être
due, soit à un problème d’altitude, comme
suggéré par le Prof. Van Grembergen dans son
article, soit cette reconnaissance ne se met en
place que par ce que les pigeons sont entraînés.

Figure 1 : altitude de
vol du pigeon en fonction de la distance
parcouru.. L’echelle des ordonnées donne
l’altitude réelle. Le trait supérieur du
polygonne marron, matérialise le niveau du sol.
Les pigeons ont alors été emmenés à 8 km. La
géographie du lieu est assez spécifique, les
pigeons devant prendre de l’altitude pour
rejoindre le pigeonnier, situé derrière une
série de collines dont l’altitude se situe
autour de 800 m. Au cours de cet entraînement,
les pigeons contrôles (ceux sans poids) sont
rentrés, alors que les pigeons porteurs de GPS
ne sont pas revenus.
L'avenir
Tout d’abord, le simple fait de mettre un poids
sur le dos du pigeon modifie son comportement
(volées plus courtes). De plus nous montrons que
les GPS de première génération sont trop lourds
et ne permettent pas au pigeon de prendre la
bonne altitude. Chez les jeunes pigeons, non
entraînés, il semblerait que l’altitude joue un
rôle important dans la reconnaissance des
environs immédiats du colombier. Ces premiers
GPS ne semblent donc pas convenir aux pigeons
peu expérimentés. Il serait intéressant de
savoir si la montée en altitude joue un rôle
important pour les jeunes pigeons en zones de
plaines. En effet, en zone de plaine, le pigeon
peut se faire une idée de la topographie des
lieux, sans avoir à monter très haut,
contrairement à un milieu de moyenne montagne.
Les mauvaises rentrées pourraient aussi être
dues à un double stress, celui occasionné par le
poids, ajouté au stress du lâcher.
L'avenir passera par la création de nouveaux
GPS, plus légers. La légèreté de ceux-ci
permettra d’augmenter l’aérodynamisme, qui doit
certainement jouer un rôle tout aussi important
que le poids. En 3 ans, les progrès de
l'électronique nous permettent d'envisager de
faire un GPS de moins de 10 g. En effet, les
modules GPS ne pèsent plus que 3 g et les
antennes plus que 1 g. Nous pouvons aussi
diminuer la fréquence d’échantillonnage, car
celle-ci est trop importante. Nous pouvons sans
perdre trop d’information réduire cette
fréquence à une mesure toutes les 10 secondes.
Cette diminution de fréquence d’acquisition
devrait nous permettre de diminuer aussi le
poids de la batterie. Nous espérons obtenir les
GPS pour pigeon de deuxième génération (poids
inférieur à 10 g) pour le printemps 2003.
En conclusion, le rêve de connaître l'itinéraire
de nos pigeons à chaque concours n'est pas pour
aujourd'hui, mais l'on peut avancer, avec peu de
chance de se tromper, que dans quelques années,
le poids des GPS ne fera plus que quelques g et
qu'on connaîtra enfin les parcours des pigeons,
relâchés à plusieurs centaines de km.
Source: Institut de développement des
connaissances sur l'orientation des oiseaux. |
|