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Quelle importance pour
l'emplacement du pigeonnier dans les capacités
d'orientation du pigeon?
En 1984, le Dr Yves de Mauduit écrit un article
dans pigeon Rit concernant les pertes
importantes de l'été. Il analyse de manière fort
intéressante ces pertes et essaye de les
corréler avec les orages magnétiques
particulièrement importants cet été là. Il
évoque notamment un concours où certains
colombiers subiront des pertes importantes alors
que d'autres resteront épargnés. En relisant cet
article je me suis souvenu d'un autre, écrit par
le Pr Charles Walcott et qui conduisit de
considérables recherches sur l'orientation du
pigeon voyageur. Aujourd'hui j'aimerai revenir
sur la remarque faite par Yves de Mauduit, dans
la perspective des conclusions de Charles
Walcott.
La plupart des expériences réalisées ces 40
dernières années concernant l'orientation du
pigeon voyageur, ont été réalisées en utilisant
la méthode suivante : les pigeons, après avoir
subi diverses manipulations (ajout d'aimant,
anesthésie du nerf olfactif, lentilles sur les
yeux rendant la vision floue, etc…), sont
relâchés un par un, d'un point où il est
possible de suivre les pigeons avec des jumelles
dans toutes les directions jusqu'à ce qu'ils
deviennent invisibles. On mesure l'azimut
(direction) pris par le pigeon lors de sa
disparition. Normalement, les azimuts pris par
les pigeons sont distribués autour de la
direction du pigeonnier.
Charles Walcott s'était aperçu de l'importance
de la localisation du pigeonnier dans une longue
série d'expérience que j'aimerai vous raconter.
Son pigeonnier était situé à l'université de
Cornell (Ithaca, dans l'état de New York, USA).
Au cours de leurs expériences Charles Walcott et
ses collaborateurs avaient utilisé plusieurs
lieux de lâcher et ils s'étaient aperçus que, de
la colline Jersey, située pourtant qu'à 64 km de
leur pigeonnier, les rentrées de pigeons étaient
particulièrement difficiles. Lorsqu'on l'on
étudie les directions prises par les pigeons au
départ de la colline Jersey, il apparaît
nettement que les pigeons sont incapables de
s'orienter correctement : la direction prise
semble parfaitement aléatoire (voir figure 1).
Par contre ces mêmes pigeons sont parfaitement
capables de rentrer d'un autre lieu de lâcher
comme celui appelé "Campbell".

Figure 1 : Capacité
d'orientation des pigeons nés et élevés à
Cornell.
Deux lieux différents de lâcher sont utilisés
pour cette expérience. Du premier, la colline
Jersey, les pigeons sont incapables de trouver
la bonne direction lors du démarrage. Le
pigeonnier est situé à 64 km. Chaque pigeon est
lâché individuellement et la flèche noire
indique la direction initiale du pigeon
lorsqu'il disparaît. Seule une partie des
pigeons lâchés sont représentés ici : 984
lâchers ont été réalisés ! Par contre d'un autre
lieu, comme Campbell, les pigeons sont
majoritairement bien orientés, dans la direction
du pigeonnier. Cette figure est une libre
adaptation des données publiées par C Walcott
dans son article.
Afin de mieux comprendre ce qui pouvait à ce
point dérouter les pigeons à la colline Jersey,
C. Walcott refit les mêmes expériences, mais
avec des pigeons provenant d'autres pigeonniers
que le sien. Et là, de manière très surprenante,
les pigeons réussirent à s'orienter de manière
parfaite et réintégrèrent leur pigeonnier sans
aucun problème. La figure 2 représente les
directions prises par les pigeons provenant du
pigeonnier situé à Pittsford (Etat de New York,
USA)

Figure 2 : Capacité
d'orientation des pigeons nés et élevés à
Pittsford.
Les deux même lieux de lâcher sont utilisés pour
cette expérience. Aussi bien de la colline
Jersey que de Campbell, les pigeons de Pittsford
sont capables de s'orienter parfaitement
lorsqu'ils sont lâchés individuellement. La
flèche noire indique la direction initiale du
pigeon lorsqu'il disparaît. Cette figure est une
libre adaptation des données publiées par C
Walcott dans son article1.
Afin de mieux comprendre à quoi était due cette
différence entre les pigeons de Cornell et ceux
de Pittsford, C. Walcott décida d'élever à
Cornell des pigeonneaux nés à Pittsford. Il
voulait en effet vérifier si cette différence
n'était pas due à une différence génétique entre
deux souches de pigeons qui utiliseraient
différents systèmes pour s'orienter (par
exemple, sens magnétique contre odorat).
Les résultats d'une telle expérience sont
présentés dans la figure 3. Cette figure montre
très clairement que les pigeons nés à Pittsford
et élevés à Cornell se comportent comme la
souche qui était originaire du colombier de
Cornell.

Figure 3 : Capacité d'orientation des pigeons
nés à Pittsford et élevés à Cornell.
Les deux même lieux de lâcher sont utilisés pour
cette expérience. Ces pigeons se comportent
comme ceux qui sont originaires du colombier de
Cornell : ils sont incapables de s'orienter de
la colline Jesey. La flèche noire indique la
direction initiale du pigeon lorsqu'il
disparaît. Cette figure est une libre adaptation
des données publiées par C Walcott dans son
article1.
Conclusions.
Pour s'orienter, les pigeons sont obligés de
comparer certains paramètres du lieu de lâcher
avec celui de leur colombier. Les pigeons élevés
à Cornell, indépendamment de la souche,
rencontrent un problème lors de cette étape à la
colline Jersey. Deux hypothèses peuvent être
émises pour rendre compte de ce phénomène :
-1/ la valeur du paramètre utilisé est
difficilement interprétable (valeur identique
par exemple) -2/ les pigeons des autres
pigeonniers utilisent d'autres paramètres pour
s'orienter et ne sont donc pas confronté à la
même comparaison.
Une des explications qui vient à l'esprit est la
présence d'une anomalie magnétique à la colline
Jersey. C. Walcott a mesuré la valeur précise du
champ magnétique terrestre à cet endroit et la
valeur trouvée est tout à fait normale pour
cette région des Etats-Unis. De plus,
contrairement aux anomalies magnétiques, où des
lâchers successifs améliorent les capacités
d'orientation des pigeons, les mêmes pigeons
relâchés de la colline Jersey, auront toujours
autant de difficultés à s'orienter.
Quels enseignements utiles pour le
colombophile pouvons nous tirer de ces
expériences ?
Nous voyons régulièrement des discussions pour
changer les lieux de lâcher pour des raisons
diverses et variées. Il faut bien avoir à
l'esprit que changer un lieu de lâcher n'est
jamais anodin et peux avoir des répercussions
importantes pour certains joueurs, alors que
pour d'autres cela n'aura aucune influence.
Lors de concours laborieux, certains colombiers
s'en sortent mieux que la moyenne alors que pour
d'autres cela peut être une véritable
catastrophe. Les causes responsables de tels
écarts entre amateurs sont bien sûr nombreuses.
La santé, le niveau d'entraînement, la qualité
des pigeons, sont souvent évoqués par les
amateurs pour expliquer de telles différences.
Et bien entendu, tous ces éléments rentrent en
compte et sont très importants, mais il en est
un que personne n'évoque et qui doit jouer un
rôle non négligeable, c'est la situation du
colombier. Comme le montre cet article, les
moyens utilisés par les pigeons pour s'orienter
dépendent de la localisation du pigeonnier. Si
vous subissez des pertes importantes, alors que
les conditions atmosphériques vous semblent
parfaites pour que les pigeons s'orientent et
que vous avez éliminez toutes les autres causes
(maladie, méforme…) alors pensez peut-être à
modifier l'emplacement de votre pigeonnier. Car
simplement déménager son pigeonnier du fond de
sa courre intérieure au sommet de sa maison peut
induire des modifications drastiques sur la
manière dont s'orientent les pigeons comme l'ont
montré certains auteurs. Toutefois, je reconnais
qu'il est facile d'améliorer la santé, la forme
ou les méthodes de jeux, mais qu'il est souvent
impossible de changer l'emplacement de son
pigeonnier. Et pourtant si cela était possible,
on serait surpris des améliorations apportées.
Source: Institut de développement des
connaissances sur l'orientation des oiseaux |