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Dans le monde, il existe
plusieurs laboratoires qui étudient le pigeon
voyageur et son incroyable sens de
l'orientation. Malheureusement le transfert des
résultats entre le monde des chercheurs et celui
des colombophiles est infime. Cela s'explique
essentiellement dans le fait que le but
principal des recherches est de comprendre les
mécanismes physiologiques permettant
l'orientation. Les résultats obtenus ne sont que
fragmentaires et controversés et ne permettent
toujours pas de comprendre comment le pigeon
s'oriente et ainsi d'éviter les désastres de
certains concours. Cependant une équipe anglaise
vient d'écrire un article qui intéressera sans
aucun doute une grande majorité de colombophiles
et que j'aimerai vous commenter "Accurate route
demonstration by experienced homing pigeons does
not improve subsequent homing performance in
naive conspecifics. A. N. Banks and T. Guilford.
Proc. R. Soc. Lond. B (2000) 267, 2301-2306" .
Cet article concerne le transfert d'information
entre pigeons expérimentés et pigeons « naïfs ».
Pour nous colombophiles, cet article est riche
d'enseignement pour affiner notre méthode
d'entraînement. En effet le propos de cet
article est de savoir si un pigeon non
expérimenté est capable en suivant un pigeon
expérimenté d'apprendre à s'orienter.
L'expérience se réalise comme suit :
60 pigeons, volant autour du colombier, sont
entraînés pour la première fois lorsqu'ils
deviennent yearling par un lâcher collectif et 2
lâchers individuels à partir de 2 points
distants de 4 km du colombier. Les pigeons
restants (40) sont alors séparés en deux lots :
Le lot 1 est alors entraîné à partir d'un point
A distant de 10 km et le lot 2 est entraîné à
partir d'un point B distant de 13 km. Les points
A et B sont situés dans des directions opposées
par rapport au colombier (voir figure 1). Pour
chaque lot, 5 lâchers collectifs et 4 lâchers
individuels sont alors réalisés.
Les pigeons sont alors prêts pour démarrer
l'expérience qui se déroule en deux étapes
Etape 1
A partir du lieu de lâcher A, on relâche les
pigeons 2 par 2, les paires étant constituées
soit de :
- 2 pigeons du lot 1 (ayant donc volé déjà 9
fois de ce point et dit E pour expérimenté).
Noté E + E
- 1 pigeon du lot 1 et 1 pigeon du lot 2
(n'ayant donc jamais volé de ce point et dit N
pour naïf). Noté E + N
- 2 pigeons du lot 2. Noté N + N
Pour chaque paire lâchée on étudie les 3
paramètres suivant :
- direction des pigeons quand ils disparaissent.
Pour ceux qui ne connaissent pas ce type
d'expérience, les pigeons sont lâchés dans un
endroit découvert, et on suit les pigeons aux
jumelles, jusqu'au moment où ils disparaissent.
On note alors à l'aide d'un compas, la direction
prise à ce moment là.
- vitesse
- arrivée ensemble ou non
Les résultats sont les suivants :
|
|
Direction |
Vitesse m/min
(moyenne) |
Départ en
paire |
Arrivée en
paire |
|
Paire E+E |
Colombier |
915 |
100% |
100% |
|
Paire E +N |
Colombier |
831 |
100% |
90% |
|
Paire N +N |
180° par
rapport au colombier |
142 |
100% |
0% |

Figure 1 : position relative
des points de lâcher A et B et direction des
pigeons à l'entraînement et au cours de l'étape
1.
Plusieurs commentaires sont à faire :
- les paires E+E et E+N se comportent de manière
quasi identique, contrairement aux paires N+N.
Dans les paires E+N, le pigeon E reconnaît
clairement le lieu de lâcher et le pigeon N en
absence de repère visuel, fait confiance à son
instinct grégaire qui le pousse à ne pas
s'isoler. Le temps de vol étant assez court (+/-
15 min), le pigeon N se retrouve au colombier
sans s'en être aperçu. Il serait important de
refaire les mêmes expériences d'un point plus
éloigné, afin de savoir si le pigeon N continue
à suivre le pigeon E pendant un temps de vol
plus long.
Malgré un entraînement intensif, les pigeons N+N
sont désorientés. En fait leur direction de
départ suggère plutôt que ces pigeons pensent
être au lieu de lâcher précédent (c'est à dire B
puisqu'ils sont du lot 2) et partent dans la
direction qu'ils utilisent habituellement. Ces
pigeons ne font donc pas le point avant de
partir ; la direction est mémorisée. Cela
confirme l'intérêt qu'il y a à entraîner ses
pigeons sur la ligne de vol.
L'arrivée des GPS portables dont le poids est
compatible avec le pigeon permettra devrait
permettre de comprendre pourquoi les pigeons N+N
qui partent ensemble se séparent et arrivent
séparément. De même, il permettra de voir sur de
plus longue distance à quel moment le pigeon N
se détache, si celui-ci n'arrive de manière
décalée.
Il est important de noter que les auteurs de cet
article considère qu'un pigeon lâché d'un point
qu'il ne connaît pas est "naïf". En fait ce
pigeon n'est pas un débutant puisqu'il a son
actif 12 entraînements de 3 lieux différents.
Les résultats obtenus sont d'autant plus
surprenants. Ces pigeons n'ont été entraînés
pour la première fois que lorsqu'ils étaient
yearling. Ce paramètre influence t-il les
résultats ?
Etape 2
Du point de lâcher A, tous les pigeons ayant
participé à l'étape 1 sont alors relâchés
individuellement. Les mêmes paramètres sont
étudiés, c'est à dire direction et vitesse.
|
|
|
Vitesse m/min
(moyenne) |
|
|
|
Direction
(moyenne) |
|
|
|
|
|
Pigeon E |
Colombier |
915 |
|
Pigeon N |
aléatoire |
228 |
|
|
|
provenant de
paire E+N |
|
Pigeon N |
aléatoire |
240 |
|
|
|
provenant de
paire N+N |
Plusieurs commentaires sont à
faire :
Sans surprise les pigeons E, lâchés seuls,
rentrent aussi rapidement que lorsqu'ils sont
lâchés en paire.
Par contre les pigeons N, qu'ils aient réalisé
un vol avec un pigeon E ou avec un pigeon N,
sont aussi peu efficace tant au point de vue de
l'orientation initiale que de la vitesse
parcourue.
Du point de vue du colombophile, il est clair
que l'entraînement E+N n'apporte rien au pigeon
N. Au cours du vol couplé, le comportement du
pigeon N semble complètement passif et n'aiguise
pas son sens de l'orientation. De manière plus
surprenante, les pigeons N provenant de paire
N+N, et qui sont tous arrivés seuls la fois
précédente, ne sont pas meilleurs. Ils ont
pourtant produit un effort d'orientation de ce
point. Tout se passe comme s'ils ne
connaissaient pas ce point. Mon interprétation
sur ce comportement est la suivante. Le pigeon
voyageur tient de son ancêtre le bizet, un
comportement grégaire. L'absence de partenaire
de vol, couplé à un lâcher dans un lieu inconnu
entraîne un stress important qui pousse l'oiseau
à se poser.
A la vue des ces résultats, plusieurs
enseignements peuvent êtres tirés
1/ Les méthodes qui consistent à entraîner de
vieux pigeons avec des jeunes pigeons devraient
être abandonnées.
2/ Les entraînements collectifs ne donnent pas à
chaque pigeon la même éducation. Certains
pigeons se comporteront nécessairement de
manière passive
3/ Le pigeon n'aime pas voler seul et
l'isolement entraîne un stress important. Pour
diminuer ce stress, il est important de
l'habituer à voler seul
4/ Dans les concours de vitesse, la performance
du pigeon sera d'autant meilleure si le pigeon
connaît déjà le lieu de lâcher et qu'il l'a
pratiqué de nombreuses fois
Source: Institut de
développement des connaissances sur
l'orientation des oiseaux |