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J'ai laissé que quelques
couples de l'année dernière ensemble, à coté de
quelques autres dont je n'avais pu juger les
jeunes. Les autres ont été changés , j'observe
de très près les résultats de mon élevage. Un
producteur qui ne donne rien de bon deux ans de
suite, se voit éliminer. Les casiers vidés sont
occupés ensuite par quelques coursiers qui ont
fait leurs preuves avant de partir à la
retraite, par un ou deux tardifs de l'année
précédente et par l'un ou l'autre nouveau venu à
l'essai.
Il fut un temps
Jadis je passais des journées et même des
semaines à préparer les accouplements sur
papier. plus on approchait de la date des
accouplements et moins bien je dormais. Je
connaissais mes pigeon jusque sur la moelle des
os. En fermant les yeux je pouvais évoquer leur
images jusque dans le plus petit détail. Il
m'est arrivé plus d'une fois de ne pouvoir
fermer l'oeil la nuit et de me lever pour
changer un couple sur ma liste. Je me fatiguais
à imaginer la descendance, la structure, l'aile,
l'oeil et tous autres détails. Le grand moment
arrivé, je changeais encore pas mal de couples
in extremis. La journée était trop courte pour
achever le travail. Il fut un temps ou je
croyais que pour pouvoir élever de bons jeunes,
il fallais former des couples de producteurs en
agissant le plus judicieusement possible. Je
suis devenu un peu plus sage depuis, ou dois-je
dire moins naïf ?
La formation des couples ne m'empêche plus de
dormir. On ne peut procéder avec succès à la
formation des couples sur base des
caractéristiques extérieurs. Tout le monde
connait le beau pigeon. Si nous accouplons deux
beaux pigeons il y a beaucoup de chance qu'ils
donneront de beaux jeunes.
On a beaucoup de chance aussi d'élever de bons
jeunes hors de bons parents, mais le réussite
n'est pas garantie et encore moins assurée.
Les frères Janssen
Les frères Janssen ont été d'incontestables
spécialistes en matière d'accouplement des
pigeons. Le pigeon Janssen a acquit une
réputation mondiale. Aucune race ou souche au
monde n'est si connue. Le pigeon Janssen a été
introduit avec un énorme succès partout dans le
monde, en vitesse, comme en demi-fond et en
fond. Ne croyez pas pour autant que les frères
Janssen détenaient une formule spéciale et
technique pour former des couples d'éleveurs,
car il n'en est rien. Je connais les frères
Janssen depuis des années et j'ai passé de
nombreuses heures en leur compagnie. Je
rencontre encore régulièrement Louis, le dernier
survivant. Dans la schoolstraat (rue de l'école)
à Arendonk on ne parlait et ne parle toujours
que pigeons. C'étaient des gens discrets, sans
la moindre prétention, possédant de bons pigeons
et qui n'avaient pas de méthodes secrètes. Pas
de secrets n'ont plus dans l'élevage. Ils
avaient peu de pigeons , mais des très bons. Ils
sélectionnaient sévèrement au vu des résultats
dans les concours. Seuls les meilleures
pouvaient garder leur place et c'est de ceux-là
qu'ils élevaient. Certains pigeons sont
meilleures que d'autres, mais cela ne peut se
voir à l'œil nu ou se sentir en les prenant dans
la main.... Si certains pigeons figurent dans de
nombreux pedigrees, c'est parce que c'étaient
des producteurs confirmés. Les frères Janssen
n'ont recouru que rarement à des croisements
avec d'autres souches. Ils n'en éprouvaient pas
le besoin; ils avaient assez de bons pigeons.
Ils auraient risqué d'introduire de la camelote
au lieu de mettre la main sur quelque chose de
valable. j'étais jeune et ambitieux, en ce
temps, et je croyais encore à l'existence de
nombreux secrets en colombophilie. J'ai tenté à
maintes reprises de tirer les vers du nez de
Charles à l'occasion de nos conversations. Sa
réponse franche et honnête n'a jamais varié. "
Vous pouvez accoupler les meilleures pigeons
entre eux, vous jouerez toujours au hasard et
vous devrez attendre ce que vous apporteront
leurs jeunes". C'est en ces termes que Charles
résumait le système d'élevage des Janssen.
Actuellement
Je ne consacre pas plus d'une demi-heure
maintenant pour former vingt couples. Je passe
le plus de temps à enfermer les males dans leurs
casiers et à sortir les femelles de la volière.
Quelques couples restent unis. J'en ai un ou
deux en mémoire avec lesquels je compte opérer
en consanguinité très rapprochée, mais sans me
faire trop de soucis. Les autres ne me prennent
pas plus d'une minute couple. Les males étant
enfermés dans le casier, je retire une femelle
du panier, la regarde et je parcours la série de
males du regard pour lui attribuer son
partenaire. Le tout sans examiner les males. Je
sais à peu près de mémoire comment ils sont et
je ne me préoccupe pas de savoir s'ils ont l'œil
clair ou foncé, l'aile courte ou longue. Je ne
m'arrête plus à tout cela. Je sais que logent
dans mon colombier d'élevage des pigeons qui me
plaisent, qui tombent bien en main, qui ont
remporté de bons résultats et qui sont proches
des meilleurs que je possède. Je crois fermement
à la réussite en unissant meilleur à meilleur et
en la consanguinité dans laquelle on arrive
inconsciemment parce que les meilleurs pigeons
appartiennent tous à la meilleure souche. Je
suis convaincu par contre de mon incapacité à
former des couples. Je ne puis unir deux pigeons
et garantir qu'ils auront des bons jeunes, même
si je devais les juger et tâter durant trois
jours. Cela me mènerait à quoi de tâter chaque
sujet dans tous les sens durant une heure lors
de la formation des couples? Qui peut garantir
qu'ils donneront de bons jeunes, même s'ils sont
l'un et l'autre de constitution valable. Je me
demande souvent si le résultat ne serait pas
identique si j'ouvrais portes et casiers pour
laisser les pigeons choisir entre eux je
reconnais le beau pigeon sans devoir le
regarder. Mais l'expérience m'appris que je n'ai
pas la moindre capacité pour juger "en main" si
le pigeon sera un parfait géniteur ou un crack
dans les concours. C'est probablement pour cela
qu'il me plait de moins en moins d'aller tâter
des pigeons pour juger de leur valeur.
André ROODHOOFT |