|

On me pose pas mal de
questions sur le jeu des femelles depuis
quelques jours. Je n'ai plus traité du sujet
depuis longtemps.
J'en suis à trente années de collaboration à
"Pigeon Rit".
Le jeu des femelles est très en vogue de nos
jours. Relisant quelques-uns de mes articles
d'il y a 20 à 25 ans d'ici, j'ai éprouvé une
certaine gêne. Le sport
colombophile évolue. Je juge certaines
situations d'une toute
autre manière et je m'en suis fait une toute
autre conception qu'il y a un quart de siècle.
Il y a très longtemps déjà, j'écrivais avec
conviction, que les femelles ne peuvent
concurrencer les mâles lorsqu'il fait un "vrai
temps de pigeons". L'expérience m'a appris
depuis que j'avais émis une grossière erreur et
qu'une bonne petite femelle ne doit mettre les
pouces pour aucun mâle. Dans les pays où se
pratique le "veuvage total", en Allemagne et aux
Pays-Bas entre autres, les femelles tiennent le
haut du pavé. Une femelle récupère plus
rapidement.
Elle reste calme dans le panier de voyage et
souffre moins des conditions de transport qu'un
mâle. Le "veuvage total" me paraît être un très
bon système de jeu. Il permet de tester tous les
pigeons dans les concours et n'oblige pas à
entretenir quelques "chômeurs" (femelles de
veufs et partenaires de coursières).
Comme je n'ai pas la moindre expérience en la
matière, je ne m'étendrai pas sur le sujet.
Jadis j'ai joué mes petites femelles durant
plusieurs années à nid sur le demi-fond
uniquement. Cela a très bien marché, mais à part
pour le grand fond, le jeu à nid est dépassé.
Ces récentes années j'ai joué les femelles
alternativement sur le demi-fond et le petit
fond en appliquant, plus ou moins, le système de
Remy De Mey.
Quelles femelles?
J'ai constaté que les petites femelles yearlings
se comportent le mieux dans mon système. Une
vraie "bonne" yearling restera bonne par la
suite, mais une yearling moyenne, ne sera plus
dans la course lorsqu'elle prendra deux ans.
Sachant cela je sélectionne sévèrement mes
femelles yearlings. Je préfère donner une chance
à une jeune, que de garder une yearling moyenne.
Il faut savoir que la majorité des femelles qui
passent au colombier de concours, se
sont vues imposer un programme lourd l'année de
leur naissance.
Après quelques courses de vitesse en préparation
elles participent pour le moins à 7 ou 8 étapes
de demi-fond et quelques autres de petit fond.
Il est possible que ce programme écourte
sensiblement la durée de leur carrière,
exception faite pour une vraie "super".
Le colombier
Le colombier des femelles présente deux
sections. La plus grande des deux est meublée de
casiers. Derrière la porte glissante le deuxième
compartiment est meublé de petites cages
perchoirs. Ces perchoirs sont placés de telle
manière que les pigeons ne voient pas leurs
voisins. Chaque petite cage est meublée d'un
petit bloc de bois d'environ 5 x 5 cm et de deux
à trois centimètres d'épaisseur. Les femelles se
posent dessus et cela évite qu'elles puissent se
mettre à deux par casier, avec les conséquences
connues.
La semaine, les mâles des" coursières" résident
dans une volière accrochée à coté la cage de
repos. La cloison entre la cage de repos et la
volière, présente une petite porte glissante.
Lorsque je l'ouvre il ne faut pas plus de dix
secondes pour voir les mâles foncer dans leur
casier, sans qu'il faille les prendre.
Il ne faut pas que les femelles quittent leurs
perchoirs et se posent au sol pour fricoter
entre elles, lorsqu'elles séjournent dans le
colombier de repos. Des petits tuyaux roulants
de plastic évitent cela. Les pigeons éprouvent
de la difficulté à s'y tenir en équilibre.
Je suis toujours reconnaissant à Jos Thoné de
m'avoir confié ce petit tuyau. Si simple
qu'efficace le système empêche les
accouplements. Si des femelles réussissent tout
de même à se mettre ensemble, elles ne sont pas
aptes pour le système de jeu et retirées de
l'équipe directement. Il ne faut pas qu'elles
gâchent tout.
Préparation
Les petites coursières ont été occultées et
jouées jusqu'à la fin du mois d'août ou le début
de septembre l'année de leur naissance. Pas
question donc de leur imposer un élevage
d'hiver. Début décembre, certaines d'entre elles
doivent toujours jeter 2 ou 3 rémiges, mais
elles finissent tout de même par terminer leur
mue complètement. Les jeunes femelles passent au
colombier des femelles après le dernier
concours. Les casiers sont fermés, mais la porte
entre les deux compartiments reste ouverte et
elles n'ont d'autre possibilité que de se poser
sur un reposoir. Elles peuvent faire des volées
pendant quelques semaines, afin de s'habituer à
leur nouvel habitat. Elles passent en volière de
la mi-novembre au 20 mars environ. Au nouvel an,
la plupart ont jeté leur dernière rémige et je
passe alors au mélange dépuratif à mangeoire
pleine. Elles sont accouplées au début du mois
d'avril et peuvent couver cinq jours environ.
Les mâles passent alors en volière et les
femelles vont au compartiment de repos. Elles
peuvent alors faire une volée chaque soir et
parfois le matin, toujours au départ de ce
compartiment. Elles rentrent au colombier de
base pour se nourrir et s'abreuver durant une
dizaine de minutes matin et soir. Si le ciel ne
se prête pas à une volée matinale, j'ouvre la
porte de séparation durant une dizaine de
minutes. Bien entendu, les casiers restent
toujours fermés pendant le ravitaillement.
Motivation
Mes femelles ne sont pas spécialement motivées.
Je ferais peut-être mieux de m'y intéresser
davantage. Je me contente généralement de les
prendre sur leur petit perchoir, sans leur
montrer leur casier ou leur mâle à la mise au
panier. Je les engage toujours toutes dans le
même concours. Au retour elles trouvent
les mâles en liberté au colombier et elles
peuvent rester ensemble jusqu'au soir. Au retour
de l'étape, la mangeoire est toujours garnie
d'un mélange léger. Avant de les séparer le
soir, je les laisse sortir avec les mâles et
leur présente un bain. Il m'arrive, à la mise au
panier, d'ouvrir la porte glissante entre les
deux cages durant un quart d'heure ou une
demi-heure Je n'ose pas prétendre que cela les
stimule pour voler plus fort. Je vois peu de
différence. Les meilleures rentrent
régulièrement les premières. L'année dernière,
la 447/03 surclassait quelque peu toutes les
autres femelles yearlings. Que je lui montre son
mâle ou non, elle se présentait toujours parmi
les premières à l'arrivée ce qui lui valu de se
classer 1er as-pigeon à "Fond 2001" à la tête
d'un lot de sérieux concurrents.
Certains amateurs installent une porte de
treillis ou de moustiquaire devant les petits
perchoirs qu'ils ferment après avoir chassé les
pigeonnes à leur place. Cela se passe assez
rapidement. Une fois la porte fermée elles
restent cloîtrées.
Il n'est pas nécessaire alors de placer quoi que
ce soit au sol. Je tenterai peut-être
l'expérience dans un proche avenir.
On peut également travailler les femelles en
leur donnant accès aux casiers, une ou deux fois
la semaine.
Il paraît que cela les motive fortement et
stimule la jalousie. Je n'ai jamais tenté
l'expérience et je ne me prononcerai donc pas à
ce sujet.
Je crois à l'effet bénéfique de la motivation,
mais sans lui octroyer tous les succès.
La qualité du pigeon demeurera toujours le
facteur principal de la réussite. Le bon pigeon
n'éprouve pas un grand besoin d'être motivé et
la motivation n'améliorera pas beaucoup la
prestation d'un sujet sans valeur.
Retenons plutôt que les bons pigeons sont rares.
André ROODHOOFT
|