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Nouvelles indications concernant la
navigation (Orientation) du Pigeon Voyageur {1}

Selon un
article paru dans un magazine flamand les avions
supersoniques entraveraient l'orientation du
pigeon voyageur. En cause les ondes sonores
supersoniques qui gêneraient les pigeons dans la
réception des infra-sons et les désorienteraient
complètement. De cette manière un Concorde
aurait provoqué le déroulement désastreux d'un
national anglais avec 60.000 pigeons au départ
de Nantes le 29 juin 1997. Une enquête
scientifique menée en 2000 a taillée en pièces
cette information qui se voulait sensationnelle.
Chocs terrestres.
Le fidèle lecteur de "Pigeon Rit" aura remarqué
que je présente de temps à autres un aperçu
scientifique sur les informations au sujet de la
navigation du pigeon voyageur. J'insiste sur le
mot scientifique pour faire la distinction avec
les nombreux bobards qui n'apportent rien à
cette étude. L'année dernière a paru le récit
des énormes pertes de pigeons en Allemagne (les
12 et 13 mai 2001), présenté en certains milieux
comme conséquence directe d'un léger choc
terrestre au sud de Leipzig, le jeudi 7 mai
(soit cinq jours avant les concours).
Le raisonnement va jusqu'à prétendre que, même
très légères les secousses terrestres peuvent
provoquer une perturbation du magnétisme
terrestre et par corollaire une perturbation du
sens d'orientation des pigeons, vu que les
pigeons s'appuieraient principalement sur le
champ magnétique pour s'orienter! Je ne
m'attarderai pas davantage sur cet exemple
frappant de la manière de propager des ragots.
Toutes les autres perturbations, tels par
exemple la pluie, la grêle, le brouillard etc.
sont tout bonnement ignorés, sans la moindre
explication.
Le Concorde.
Un autre commentaire traite du Concorde, l'avion
supersonique français (qui vole plus vite que le
son). Un quotidien flamand avait fait paraître
un article accusant les avions supersoniques
d'avoir provoqué de nombreuses pertes de pigeons
en perturbant le magnétisme terrestre par lequel
ceux ci s'orientent.
Les ondes soniques étant aussi des ondes de
chocs j'ai réagi prudemment lorsque la rédaction
de "Pigeon Rit" m'a demandé d'exprimer mon avis
à ce sujet. Je préférais attendre que paraisse
l'un ou l'autre rapport scientifique à ce sujet.
Il en est paru un dans le prestigieux "The
Journal of Experimental Biology 2000". Il est
écrit par un certain J. Hagstrum attaché au
service géologique aux U.SA L'auteur commence
son article par une description du mécanisme de
l'orientation du pigeon voyageur. Lisons
ensemble ce qu'il raconte. Kramer (1953) a été
le premier à suggérer que les oiseaux doivent
disposer d'une carte et d'un compas pour pouvoir
survoler de grandes distances. Il prouvait
d'autre part que le soleil fait office de compas
la journée. De son côté W.T. Keeton (1971)
concluait, après avoir chargé des pigeons de
magnétite, qu'en l'absence d'un soleil lumineux
ils passaient à l'orientation magnétique.
Dommage, mais je dois opposer un autre son de
cloche à l'auteur. Il émane de B. R. Moore
(1988) proche collaborateur de W.T. Keeton, le
créateur de la théorie du magnétisme (qui était
décédé subitement en 1980). Moore dut constater
que plusieurs autres chercheurs n'avaient pu
conclure à la confirmation de la théorie du
magnétisme et que Keeton même n'avait répété
aucune de ces expériences de 1971 par la suite.
Moore a pu vérifier cela à la lecture des
documents de Keeton. La théorie du magnétisme
s'en trouva anéantie. A mes yeux, Hagstrum a
commis une grossière erreur en signalant pas
l'existence d'une publication si importante. Il
s'ajoute une deuxième erreur en ce sens que
Hagstrum persiste à prétendre que la vue n'est
plus admise comme compas pour l'orientation.
Déjà avancée par Schmidt-Konig et Schlichte
(1972) cette prise de position prétendait que si
on recouvre les yeux des pigeons de verres de
contacts mats ils engagent toujours un bon début
d'orientation malgré la forte difficulté qu'ils
éprouvent pour voir. Dommage encore pour
Hagstrum que le duo Streng et Wallraff (1992)
dut relever au cours de ses expériences sur le
sujet que demeuraient bien des imprécisions.
Pour s'en convaincre ils se mirent à travailler
sur des pigeons privés provisoirement de la vue
par des lunettes en papier spécial (une sorte de
carbone). Il apparut que ces lunettes de papier
aveuglaient nettement plus fort que les verres
de contact employés par Schmidt-Konig et
Schlichte. Les pigeons de Streng et Wallraff
étaient mieux privés de la lumière du jour et
leur comportement était tout autre aussi. Ils
demeuraient complètement inactifs et refusaient
de prendre l'air lorsqu'on les libérait. Il
fallait les jeter en l'air et encore, la
majorité ne volait pas plus que 200 mètres.
L'orientation par la vue était donc remise à
l'honneur à mon sens suite à cette série
d'expériences et il ne reste rien de la théorie
visant à affirmer que les pigeons peuvent se
débrouiller sans voir pour s'orienter.
J'ajouterai que les pigeons ne doivent pas
nécessairement voir le soleil. Cela fonctionne
lorsqu'il est caché par des nuages, à condition
que l'on puisse repérer des petits coins de ciel
clair. Je puis ajouter pour appuyer cette
affirmation que nos amateurs qui ont un tant
soit peu d'expérience savent qu'on ne peut pas
plus mal faire qu'en lançant des pigeons sous de
grosses averses de pluie ou de grêle 'et surtout
dans la brume ou le brouillard. Après la
négation de deux publications importantes
Hagstrum veut absolument trouver une déclaration
au vu de quelques concours de pigeons
mystérieusement désastreux et plus spécialement
celui qui aurait subi l'action du Concorde: un
national anglais au départ de Nantes (F) à
quelques 300 kilomètres de la Manche. Plus de
60.000 pigeons furent libérés à 6h.30 et
quelques-uns seulement (on ne dit pas combien)
étaient arrivés le dimanche (aucun détail utile
à ce sujet). Ne trouvant pas d'issue l'auteur
formule l'hypothèse que l'on pourrait appeler la
théorie de l'acoustique dans l'orientation du
pigeon. Lors du retour au colombier les pigeons
adopteraient un tout autre mécanisme qui repose
sur les infra-sons (de basse fréquence), des
sons que nous ne pouvons capter mais que les
pigeons perçoivent bien. Ces vibrations soniques
(qui n'ont rien de commun avec l'électricité ou
le magnétisme) peuvent porter très loin. Dans ce
cas ce serait le Concorde qui gênerait la
réception des infra-sons, dérouterait
complètement les pigeons, occasionnerait de
grands retards dans le déroulement du concours
et provoquerait d'énormes pertes. Il faudra
analyser d'autres cas et présenter beaucoup de
preuves avant de pouvoir parler d'une théorie
confirmée. Il est toujours une grosse anguille
sous roche, car l'auteur a passé un fait capital
sans le commenter. Cela ne doit pas étonner de
la part de Hagstrum. Il a prouvé ne rien
connaître à l'orientation par la vue (lire ci
avant), il n'accorde aucune importance à la
possibilité de voir le soleil et il passe outre
une petite phrase de sa propre prose qui dit
textuellement: "Après enquête, la Royale
Fédération Colombophile Anglaise a impliqué la
responsabilité du désastre aux mauvaises
conditions climatiques". Il ne faut pas chercher
plus loin. La cause du mystérieux désastre
colombophile est bien là. Les associations ont
qualifié le lâcher d'irresponsable et ont blâmé
sévèrement ceux qui en ont donné l'ordre.
Hagstrum n'a pas fait d'autres enquêtes ou
suggestions. J'ajouterai un petit détail pour ma
part. On suggère les lignes de vol du Concorde
et des pigeons en cause se croisaient au-dessus
de la Manche. S'il en est réellement ainsi, il
est évident que de nombreux pigeons doivent
avoir été frappés par l'énorme turbulence de
l'avion supersonique. Quelques petits ajouts
pour conclure. Dans l'intention de s'en servir
pour la formulation de la théorie de
l'acoustique dans l'orientation du pigeon et en
raison de la perception des sons très légers,
certains chroniqueurs veulent supposer que les
pigeons pourraient percevoir l'approche d'un
orage. D'autre part, on rappellera que Hagstrum
a reçu la note "insuffisant" de la part du
professeur Wallraff. Dans sa grande publication
de 2001 , celui-ci relate que l'hypothèse selon
laquelle les ondes infra soniques longues
aideraient les pigeons à définir leur position
sont très spéculatives. Que bien trop peu
d'expériences ont été menées et que peu de
détails ont été mentionnés concernant les
évènements en cause. Il signale aussi que se
sont produits des vols désastreux bien avant que
volaient les Concordes; que les expériences sur
l'intérieur de l'oreille du pigeon (qui capte
les ondes) sont demeurées sans effet sur
l'orientation etc.
Et il conclut: "Je ne vois aucune indication, ni
aucune possibilité autorisant de prétendre que
les infra-sons pourraient être associés à
l'orientation du pigeon voyageur"
Prof. Dr.G. Van Grembergen |