| |
Si tous les amateurs savent très bien ce qu'est
l'hygiène au sens populaire du terme,
c'est-à-dire, en fait, la propreté, ils ignorent
à peu près tout des relations qui· existent
entre les traitements et les mesures d'hygiène
qu'il faut prendre en même temps et encore plus
le pourquoi des choses.
Remarquons tout d'abord que lorsqu'on emploie le
terme "hygiène", on doit réunir sous ce mot bien
plus que.la notion de propreté. On peut dire que
l'hygiène c'est tout ce qu'il faut faire pour
que tout aille bien sans médicaments.
Il y a donc une hygiène de l'alimentation, une
hygiène de l'habitat, une hygiène du sport, une
hygiène de l'élevage etc. Bien entendu, nous ne
verrons pas tout cela, car cela représente
presque tout notre sport vu sous l'angle du
physiologiste et du médecin.
Je ne pense pas qu'il existe encore de nos
jours, d'amateurs qui nient la nécessité de la
parfaite propreté du colombier. Même ceux qui,
pour l'une ou l'autre raison, ne nettoyant pas
chaque jour. Pour moi l'influence de la propreté
quotidienne sur la santé générale et en
particulier sur la vitesse et j'intensité de la
réinfectation (donc sur les rechutes) ne fait
aucun doute. Et c'est justement ce problème de
l'infectation ou de la réinfectation qui me
semble primordial dans la colombophilie moderne.
Afin de me bien faire comprendre, je vais
prendre un exemple bien déterminé. Cet exemple
va nous permettre d'évoquer au passage la
plupart des problèmes de l'hygiène de l'habitat
(conception générale et entretien du colombier)
et nous n'aurons plus, après, qu'à ajouter
quelques considérations à propos des autres
maladies les plus fréquentes.
Prenons donc l'exemple de la colonie de Mr. X,
qu'un examen microscopique des fientes a révélé
gravement atteinte de coccidiose. Il s'agit
d'une maladie parasitaire dont le développement
peut être résumé ainsi: le pigeon avale des
graines souillées de fientes émises par un
pigeon malade. Ces fientes contiennent une
multitude d'oocystes c'est-à-dire de cellules de
reproduction des coccidies. Donc le pigeon a
avalé un grand nombre de ces oocystes de
coccidies, qui vont éclore dans l'intestin et
donner naissance, dans la paroi même de
l'intestin, à des cellules filles, qui vont
envahir les cellules intestinales voisines.
Ensuite ces cellules donnent naissance à des
cellules mâles ou femelles qui vont se réunir
dans la lumière intestinale pour donner des
oocystes que nous pourrons retrouver dans les
fientes par examen microscopique. On voit donc
qu'il y a 2 grandes périodes: l'une de
multiplication interne où l'intestin du pigeon
est envahi par les parasites mais où il n'y a
pas d'élimination d'oocystes donc où le pigeon
n'est pas contagieux si l'infestation massive
s'est faite d'un seul coup (si le pigeon vit
continuellement en milieu contaminé il héberge
des coccidies qui sont les unes à une période,
les autres à une autre période de leur cycle de
multiplication donc l'élimination d'oocystes est
régulière et continue), l'autre de contamination
avec élimination dans les fientes· de milliers
et de milliers d'oocystes.
Entre le moment où le pigeon avale un oocyste de
coccidie et le moment où les oocystes
descendants de lui apparaissent dans les
fientes, il se passe une douzaine de jours. Mais
le pigeon, et surtout le pigeonneau au nid
présente des symptômes de diarrhée,
d'amaigrissement etc. dès que la phase de
multiplication a suffisamment détérioré la paroi
intestinale, c'est-à-dire vers le 8e jour.
Notons enfin, et c'est très important, que selon
le degré de chaleur et d'humidité du colombier,
il faudra de 1 à 5 jours entre le moment où
l'oocyste est expulsé par le malade et le moment
où il est avalé par un pigeon pour que cet
oocyste soit capable de se développer dans son
nouvel hôte. Ce délai variable est appelé "temps
de maturation". Lorsqu'il fait très froid ce
délai est le plus long. Par contre par temps
chaud et humide, il est réduit au minimum.
C'est une notion primordiale. Donc Mr. X a des
pigeons bien malades et, après diagnostic de
coccidiose, il va les soigner.
Nous possédons des armes absolues contre la
coccidiose et en quelques jours de traitement,
tous les parasites auront été tués.
Mais ce n'est pas tout, car il y a ces milliers
d'oocystes que chaque pigeon a expulsés avant le
traitement, chaque jour et dont une bonne
partie, malgré les nettoyages quotidiens (cela
s'incruste dans les moindres anfractuosités du
bois par ex.) reste dans le colombier et peut
attendre ainsi plusieurs mois en gardant toutes
ses facultés d'éclosion si un pigeon les avale.
Il va donc falloir, en plus de ce traitement"
couper le cycle", c'est-à-dire tuer aussi les
oocystes sur le sol, dans les cases etc.
On conçoit donc que la désinfection doit se
faire en cours et en fin de traitement. En effet
il faut choisir le moment où les parasites étant
tués dans le pigeon, l'expulsion des oocystes se
trouve stoppée, -pour tuer également ceux qui
pourraient ré infester les oiseaux, mais il faut
aussi que les oiseaux soient encore sous l'effet
du médicament de manière que tout parasite avalé
pendant le ·traitement puisse encore être
détruit.
A la lumière de cet exposé, une première
constatation s'impose: la plupart des amateurs
qui effectuent ils sont de plus en plus nombreux
un traitement antiparasitaire à chaque
,changement de saison et ne font pas en même
temps la désinfection traditionnelle perdent la
plus grande partie des bienfaits du traitement
puisque les pigeons peuvent être re-contaminés
très facilement, et très vite.
Et puis il faut aussi savoir désinfecter. Si les
microbes et le trichomonas sont très sensibles à
de nombreux désinfectants liquides s'ils sont
employés très généreusement (il est
indispensable qu'ils pénètrent très
profondément, donc soient très" mouillants" et
appliqués sur des surfaces soigneusement
nettoyées auparavant), les germes de résistance
des parasites intestinaux (oocystes de coccidies
et surtout œufs de vers) sont totalement
insensibles aux désinfectants chimiques
classiques.
On peut dire que seule la chaleur intense,
brutale les détruit à coup sûr, Pour cela il
faut que leur masse soit soumise tout entière
pendant un court instant à une température de
80°C, Le meilleur moyen de réaliser cela est
d'employer la lampe à souder pour les locaux,
l'eau bouillante suffisamment longtemps pour le
matériel et les ustensiles habituels du
colombier.
Dans les colombiers où l'on craint la flamme de
la lampe à souder, qu'il faut passer très
lentement, on pourra très bien mouiller d'abord
les installations puis passer la flamme sur les
surfaces mouillées.
Hors du colombier, le problème est plus
complexe. Le plus , souvent on donne le
médicament par l'eau de boisson. Il faut donc
toujours tenir les pigeons enfermés quand on les
soigne ainsi, sinon une partie ira boire dans
les gouttières et non seulement ils ne prendront
pas le médicament donc ne pourront être
déparasités mais encore absorberont probablement
des oocystes de coccidies ou des œufs de vers
dans les gouttières toujours sales.
C'est dire qu'un nettoyage aussi énergique que
possible des gouttières environnantes est
indispensable avant la fin du traitement.
Voilà comment réaliser le nettoyage total,
pigeons et colombier. C'est facile puisque cela
ne demande que la coordination traitement
désinfectation que la plupart des amateurs
effectuent mais rarement dans les conditions que
je viens d'exposer.
Doct. Vét. J.P. Stosskopf |
|