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On a coutume d'appeler abcès
toute masse anormale située sur la peau, dans la
gorge, ou dans tout autre endroit du corps.
C'est alors le plus souvent, une trouvaille
d'autopsie. Un abcès vrai est constitué d'une
masse blanchâtre, toujours dure chez les
oiseaux. Contrairement à ce qu'on constate chez
les mammifères, le pus des oiseaux ne coule
jamais.
Le type même de cet abcès est le "muguet" à
trichomonas, "en chou fleur" qu'on a connu si
souvent jadis dans la gorge des pigeonneaux et
que les remèdes modernes rendent exceptionnel de
nos jours.
Bien entendu, ces abcès de type muguet peuvent
avoir d'autres localisations: au nombril des
pigeonneaux au plateau, au cloaque des jeunes
récemment sevrés, dans le foie des jeunes au
plateau (qui en meurent, bien sûr, après être
devenus très maigres).
Plus rarement dans les sinus des adultes,
provoquant alors une "bosse" latérale derrière
la commissure du bec. Ces abcès ont tous la même
origine: la trichomonose. Le pus est constitué
de globules blancs d'origine sanguine, morts
évidemment. Ce sont les "gendarmes" de
l'organisme. Les lésions à trichomonose peuvent
être compliquées de germes secondaires
"d'opportunité" qui profitent de
l'affaiblissement de l'organisme. Ce sont le
plus souvent des staphylocoques blancs, des
mycoplasmes, plus rarement des pastourelles.
Cela, c'est ce qu'on constate le plus
fréquemment à travers les colonies. Mais il y a
d'autres concrétions que l'amateur baptise
"abcès" et qui n'en sont pas.
Tout d'abord, il ya ces masses sphériques qui se
développent sur la peau, généralement dans la
région du flanc sous l'aile. Cela commence par
une petite boule rougeâtre, entre les plumes de
couverture. Cette petite boule grossit, grossit,
saigne un peu parfois, et peut devenir de la
grosseur d'un bon œuf. Peu à peu elle sèche,
devient noire et tombe. Si on l'arrache à
maturité, elle laisse une plaie ronde d'1/2 à 1
cm de diamètre, à vif, qui cicatrise rapidement.
Il est fréquent de constater plusieurs cas dans
la colonie. Les avis sur l'origine de l'affaire
sont variés: les uns parlent de variole,
d'autres de tumeur bénigne cutanée, d'autres
encore de verrues peut-être d'origine virale (papillomatose).
Pour ma part, je ne sais qu'une chose: les
recherches bactériologiques dans cette tumeur
alors qu'elle n'est pas encore sèche ont montré
systématiquement la présence d'un staphylocoque
blanc. Notons que ce même microbe est retrouvé à
la base de la tige des pennes de sang en cours
de (mauvaise) croissance.
Un certain nombre de maladies
microbiennes provoquent des concrétions
purulentes ou du même aspect dans les organes
internes. Il y a tout d'abord la paratyphose.
Les lésions qu'elle peut créer sont multiples et
pas toujours sous forme d'abcès. Des foyers de
nécrose, c'est-à-dire de dégénérescence
cellulaire sont fréquents dans les reins,
l'ovaire, les testicules. Mais il peut y avoir
des abcès vrais, masses purulentes, plus ou
moins grosses dans les poumons, les muscles, les
glandes annexes (pancréas rate - foie). Ce sont
des localisations typiques, d'une évolution
chronique de la maladie.
Les maladies respiratoires peuvent être aussi à
l'origine d'abcès. On sait que souvent ces
maladies sont complexes, associent parasitisme (trichomonose)
microbismes très variables (colibacille -
staphylocoques doré - klebsielle -mycoplasme
chlamydia - ornithose pasteurella) virus (herpes
virus). Ces germes localisés dans le tissu
pulmonaire, les sacs aériens, peuvent y
provoquer la formation de pus, soit sous forme
de masses purulentes, dans la trachée ou les
grosses bronches par exemple, soit sous forme de
plaques fibrineuses, tapissant les parois du
péricarde (autour du cœur) ou des sacs aériens (aérosacculites)
qui s'en trouvent fort épaissis,
irrémédiablement. Notons au passage une maladie
des mauvaises graines et de la paille moisie,
transmise à l'appareil respiratoire sous forme
d'abcès, quelquefois massifs, des sacs aériens:
l'aspergillose. On trouve alors dans le pus, des
moisissures d'un vert bleuâtre caractéristique .
Cela existe encore, quoi qu'on en dise. Enfin,
il ya ce que j'appellerai les fausses maladies
purulentes.
En fait, les lésions sont celles d'une
dégénérescence cellulaire, caractérisée par une
réaction violente des tissus avec augmentation
de volume: c'est le cas de la leucose avec forte
augmentation du volume du foie avec apparition
de plages plus claires, jaunâtres qui ne sont
purulentes mais dégénérées .
De même pour les reins qui
deviennent énormes de couleur crème. Ces
trouvailles d'autopsie ont été précédées d'une
phase d'amaigrissement de peu d'appétit, de
tristesse. Ce sont habituellement des cas
isolés, cette maladie (leucose Iymphomatose)
étant de la "famille" des cancers et non des
maladies contagieuses.
La pseudo tuberculose se caractérise par de
multiples petits foyers blancs, de la grosseur
d'une bonne tête d'épingle dans le foie. C'est
une maladie rare, contagieuse cependant mais peu
dans les colonies dont le maître sait éliminer
rapidement tout sujet douteux. La médecine
moderne a certes rendu caduques la plupart de
ces considérations, à condition d'y voir clair
rapidement. L'usage quasi systématique des
antitrichomonas modernes, fait que les abcès à
trichomonas, quelle qu'en soit la localisation,
sont devenus rares et de toute façon, faciles à
éliminer et encore plus faciles à éviter par des
traitements préventifs réguliers.
Il n'en va pas de même pour la paratyphose,
maladie la plupart du temps insidieuse, comme je
l'ai souvent indiqué: on estime à au moins 5 %
des colonies, celles où la salmonelle sévit de
façon peu ou pas apparente. Une recherche de
laboratoire est donc hautement recommandable au
moindre doute. C'est de l'argent bien placé. Les
complications de coryza, allant jusqu'à la
contamination de tout l'appareil respiratoire
restent assez fréquentes. A la base de cela la
mauvaise conception de certains colombiers
(aération) l'emploi de matières irritantes
(chaux vive pour lutter contre l'humidité -
blanc de colombier en excès), la négligence des
traitements anti-trichomonas.
C'est en prenant tout cela au sérieux que vous
n'aurez jamais à déplorer les complications que
je viens de décrire.
Dr. J.P Stosskopf |
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