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Il fut un temps, lorsque je
cherchais à me renforcer, je m'adressais à des
souches de pigeons qui savaient laisser le lot
des concurrents loin derrière elles, par beau
temps et vent de bec, et de préférence sur une
certaine distance. On nous avait appris que de
tels sujets étaient de bons pigeons. Et ce sont
les bons que nous cherchons tous. Cette
conception est-elle bien la bonne? Je me suis
mis à douter et j'ai changé mon fusil d'épaule.
Partant à la recherche de renfort, j'ai à
nouveau accordé l'avantage aux pigeons de
vitesse.
Pourquoi ce volte-face?
Les jeunes, de pigeons qui avaient remporté des
premiers prix dans des nationaux par temps dur,
ne m'apportaient aucune amélioration. Par
contre, je réussissais avec des vitessiers, même
si j'allongeais la distance et que le vent
soufflait de face. J'ai eu des vainqueurs qui ne
gagnaient que par temps dur. Jan Grondelaers
prétendait que qui cherche à se renforcer
réussira le mieux en s'adressant à une souche de
vitesse. Hofkens parlait de même. Lorsqu'il se
mit à jouer le fond en fin de carrière, il n'est
pas allé puiser dans une souche de fond.
D'autres aussi
Voyez William Geerts. Il a terrorisé l'Union
d'Anvers (en demi-fond) dans les années '80 avec
des pigeons du "vitessier" Fons Jacobs de St.-Gillis-Waas.
Attiré par le fond, Geert est allé chercher ce
qu'il lui fallait chez un spécialiste et il a
été déçu. Il tenta ensuite sa chance avec ses
propres Jacobs et il réussit!
Vandenabeele a vécu une semblable aventure.
Gâté, repus par ses succès en demi-fond il
décida de gravir un échelon et de se lancer dans
le petit fond.
Comme Geerts il se procura des pigeons de fond
et comme Geerts il dut déchanter. Il passa donc
au petit fond avec ses propres pigeons. Les
résultats sont connus de tous. Il est donc
conseillé de jouer le petit fond avec de bons
sujets de demi fond. Je crois pouvoir poursuivre
sur la même voie pour conclure que qui veut
progresser en demi fond doit se procurer de bons
pigeons de vitesse.
Les Borgman de Reusel (NI) se défendent bien sur
les grandes distances avec des purs "Klak"
(lisez des Janssen). Les concours à nuitée font
exception à la règle.
Je n'y connais pas grand 'chose, mais je suppose
qu'il faut bien d'autres pigeons pour y
participer. Il est exceptionnel qu'un pigeon de
demi-fond se distingue sur Barcelone.
En pratique
Je tiens à vous expliquer pourquoi je préfère
les pigeons de vitesse. Lors d'un concours
l'amateur regarde dans la direction (théorique)
d'où doivent venir ses pigeons. Qui n'a pas
constaté qu'en de nombreuses occasions les
pigeons n'arrivent pas dans la bonne ligne?
Lorsqu'ils ne viennent pas de la bonne
direction, la plupart des amateurs s'inquiètent,
car cela se répercutera au résultat, surtout sur
les petites distances et dans le jeu local. Plus
vous êtes logé à l'avant-main, plus vous perdrez
de temps si les pigeons n'arrivent pas de la
bonne direction.
Ce n'est par hasard que l'arrière- main domine
régulièrement en vitesse. Si elle semble
désavantagée en vitesse, l'avant main bénéficie
de l'allongement des distances parce que la
fatigue peut intervenir alors.
On pourrait se demander, pourquoi les pigeons
dévient de la bonne direction? Mais parce qu'ils
ont l'instinct grégaire, qu'ils se comportent
comme un troupeau de moutons.
Ils préfèrent la sécurité du groupe et y
demeurent jusqu'à ce que la bande se disperse et
qu'ils sont trop loin ou trop écartés de la
ligne directe. Je confirme ce que j'ai prétendu
plus d'une fois déjà: les concours de pigeons ne
sont pas des courses de vitesse, mais des
épreuves d'orientation.
Faux
Les classements s'établissent dans l'ordre des
vitesses à la minute. Vous lirez par exemple
1400 m/min. pour le vainqueur et 1250 m. pour le
dernier classé.
Il faut être naïf pour conclure que le dernier
classé a franchi 150 m de moins à la minute que
le premier. La diminution de mètres à la minute,
mentionnée au classement ne traduit pas la
vitesse réelle du pigeon.
Le déroulement d'un concours subit davantage
l'influence d'un bon départ, du choix et du
maintien de la bonne direction, que de la
vitesse et de la puissance de vol. D'où ma
préférence pour les pigeons de vitesse lorsque
je cherche du renfort. Ils ont prouvé qu'ils
détiennent les qualités du bon coursier.
Lorsqu'un pigeon est libéré à 600 kilomètres de
son colombier au milieu d'un groupe imposant et
que celui-ci doit prendre initialement la même
direction pour tous, l'instinct d'orientation
n'est pas sollicité d'entrée.
Le pigeon ne doit donc pas quitter le groupe
d'entrée. Cela deviendrait beaucoup plus
difficile si un pigeon anversois était lâché à
Bruxelles dans un groupe de Limbourgeois et de
Flandriens de l'ouest. Il n'existe pas de petits
concours de ce genre, mais si on en créait je
serais porté à acheter les vainqueurs. Ils sont
malins, s'orientent à la perfection et
n'hésitent pas à foncer dans la bonne direction
dès l'ouverture des paniers. En vitesse, il
suffit que le pigeon suive un peu le groupe -
comme le veut son instinct - pour qu'il perde
toute chance de l'emporter. Pour illustrer cela
et bien comprendre, il faudrait assister à un
lâcher à Quiévrain. C'est impressionnant.
Les paniers s'ouvrent et les pigeons fusent en
toutes directions. La course est engagée.
Les pigeonneaux
Les premiers dressages et entraînements sont
très importants pour les pigeonneaux. Lors des
premières petites étapes, ils rentreront
rarement avant vous. Il en est qui portent leurs
pigeons à 25 kilomètres et même plus loin, lors
de leur première mise au panier. Les pigeons
restent longtemps en route et on s'imagine
qu'ils apprennent pas mal de choses. Je n'en
crois rien. Ils n'apprendront rien, si ce n'est
de voler en groupe et là n'est pas le but des
entraînements.
Les étapes d'où les pigeonneaux mettent beaucoup
de temps pour rentrer ne sont que perte de
temps, d'efforts et d'essence pour la voiture.
Voici comment je dresse mes pigeonneaux.
Première étape à cinq kilomètres de la maison.
Suivent trois ou quatre autres pour arriver à 15
ou à 20 kilomètres. Je ne vais pas plus loin
tant qu'ils ne foncent pas directement vers le
but. S'ils mettent une heure, par exemple pour
rentrer d'une étape de 15 kilomètres, ils
repartiront de 15 km et si besoin une troisième
fois. Il me paraît insensé de porter plus loin
des pigeons qui mettent trop de temps pour
rentrer d'une étape plus courte. Il est possible
qu'ils soient en mauvaise santé.
Dans ce cas vous ne pouvez certainement pas
allonger la distance. Pour des pigeonneaux en
mauvaise santé dix kilomètres sont trop longs.
Vous ne devriez même pas les entraîner.
L'instinct grégaire
Le jeu à pigeonneaux est spécial. Il faut de
bons pigeons et bon ne suffit même pas. Ils
doivent être parfaitement entraînés et
conditionnés. Si la qualité seule pouvait
suffire les meilleurs rentreraient les premiers
dès les premiers entraînements.
Mais qu'en est-il dans la pratique? A quelques
exceptions prêts, les jeunes mettent tous
longtemps pour rentrer lors des premiers petits
dressages. Bons, moins bons et nullités
rappliquent ensemble ou par petits groupes, trop
tard la plupart du temps, à cause de l'instinct
grégaire qui influence aussi les meilleurs.
Des pigeonneaux en superforme peuvent se
comporter si brillamment qu'il vous semble avoir
élevé un panier plein de champions, mais la
réalité est toute autre. Après trois ans il en
reste très peu.
Ce n'est pas un hasard
Les pigeons qui se comportent brillamment dans
les concours le doivent à leur talent, une
préparation avancée, une bonne santé etc. Je
crois qu'ils font la différence dès l'envol sur
le lieu de lâcher. J'ai assisté à de nombreux
lâchers. Le scénario ne varie pas pour les
pigeonneaux expérimentés: ils disparaissent tous
à l'horizon en moins de temps qu'il faut pour le
dire. C'est pour cela que je n'entraîne pas mes
pigeonneaux avec le club.
Car s'attarder à boucler des petits tours au
départ est une mauvaise habitude et je ne veux
pas qu'ils la prennent. Pour parler franc, je
dirai que le classement du concours se forge au
départ et non aux heures d'arrivées. Soyons
logiques: les gens qui écrasent littéralement
les concours de pigeonneaux, ne peuvent disposer
de dizaines de sujets si supérieurs aux autres,
même si les classements tendent à l'affirmer. Je
crois que leurs pigeons sont partis plus vite à
l'ouverture des paniers, mais pourquoi? Pourquoi
ont-ils mieux suivi la ligne droite vers la
maison et pourquoi sont-ils moins attachés à la
masse que les autres? Tout simplement parce que
leur parfait conditionnement leur permet
d'étouffer leur instinct moutonnier.
Comment cela?
Je dresse sérieusement mes jeunes hâtifs dès
qu'ils ont quatre mois. Suit une courte pause
ensuite. Pourquoi? Les jeunes plus âgés auront
bien l'un ou l'autre motif pour se dépêcher de
rentrer au colombier. Ils ont conquis un poste
fixe, sont accouplés ou ont un nid. Pareils
sujets ne traînent pas inutilement au lâcher. Je
parle des pigeonneaux hâtifs, car leurs
prestations nous intéressent spécialement. De
tels pigeons vous donnent plus de temps pour les
dresser et leur apprendre les bonnes habitudes.
Ne pourrait-on en faire autant en les entraînant
avec les vieux? J'en doute. Les vieux pigeons
fusent généralement tels des fusées et trop vite
pour les pigeonneaux qui ne suivent pas, alors
que vous attendiez le contraire. La saison 2003
a éclairé à ce propos.
La peste aviaire nous interdisant de participer
aux premiers concours, au contraire des amateurs
des communes voisines, nos pigeons ont dû
engager la compétition sans préparation contre
des adversaires bien entraînés.
Quiévrain
Afin de réduire notre retard, nous sommes allés
à quelques-uns à Quiévrain d'où nos pigeons sont
partis en même temps que les Belges (vieux).
Pourquoi avec les vieux? Mais pour la raison
déjà évoquée. Qui pourra assister à un lâcher à
Quiévrain comprendra mieux encore. Vieux et
jeunes sont lâchés séparément. Cela donne quelle
différence?
Les premiers sortent des paniers comme des
fusées et sont partis en un clin d'œil. Les
jeunes font des petits tours. Je ne veux pas
qu'ils prennent cette mauvaise habitude. Nous
avons eu la preuve d'avoir agi intelligemment
dès que l'interdiction de transporter des
pigeons fut levée. Les pigeonneaux que nous
avions dressés et conditionnés à Quiévrain se
sont bien défendus d'entrée.
On raconte qu'il est des superchampions dont les
pigeonneaux se distinguent dès les premiers
concours, sans avoir été entraînés? Pour moi ce
ne sont pas des superchampions, mais des super
menteurs. Je puis comprendre que tout qui a un
petit secret le garde jalousement, mais il ne
faut pas mentir comme ceux qui dominent dans les
concours d'ouverture avec des pigeons qu'ils
disent n'avoir pas été au panier avant. Les gens
expérimentés n'entendent pas ces balivernes.
N'est-ce pas notre tâche à tous, de faire de la
promotion pour notre sport et d'intéresser de
jeunes adeptes? Cela ne peut se faire en leur
racontant n'importe quoi.
Conseil
Pour pouvoir bien jouer avec les jeunes, il faut
les dresser sérieusement et ne pas croire ceux
qui prétendent que pour réussir il faut compter
sur la chance avant tout. La qualité fait partie
des exigences essentielles, mais elle ne suffit
pas pour les pigeonneaux. Ils doivent être
dressés, motivés, conditionnés afin d'avoir la
confiance qui engendre l'assurance au point
qu'ils partent vite, qu'ils n'hésitent pas à
quitter la masse et qu'ils rentrent le plus
rapidement possible.
Je conclurai par ce petit conseil à qui croit
devoir introduire du "sang nouveau". Si je
préfère les pigeons de vitesse pour me
renforcer, j'ajouterai que je m'adresse à des
amateurs qui manquent de place. Ils sont obligés
de sélectionner plus sévèrement que tout autre.
Ils élimineront sans hésiter des pigeons qui se
verraient accorder une chance chez des amateurs
disposant de trop d'espace. Les "petits"
champions sont obligés de sélectionner sans
pitié.
N'ayant pas de place pour les "douteux", la
qualité moyenne de leur colonie sera plus élevée
que celles qui disposent de beaucoup d'espace et
gardent beaucoup de pigeons. N'oublions pas la
qualité de la concurrence. Les bons classements
et les premiers prix m'apprennent peu ou rien si
je ne puis savoir où et devant qui ils ont été
remportés. Dites-moi qui sont vos concurrents et
je vous dirai ce que valent vos pigeons. Lors
des plus récentes Olympiades, nous avons pu voir
des pigeons des pays de l'Est européen pour
lesquels on mentionnait des prestations quasi
impossibles contre des masses de concurrents.
Seraient-ils capables d'en faire autant dans des
pays comme la Belgique et les Pays-Bas? Je n'en
crois rien. Et vous?
Ad Schaerlaeckens |
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