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Les vieux et les yearlings
ont terminé leur saison. L'heure est au bilan.
La sélection s'impose, à moins qu'elle ait été
opérée en cours de saison. Il est bien des
amateurs qui éliminent des pigeons en cours de
saison. Je ne suis pas de ceux-là. Le pigeon qui
"rate" ne m'énerve pas et il peut rester en
place. J'essaierai de trouver le motif de son
échec. N'oublions pas qu'un concours est une
épreuve d'orientation. Pour moi, un pigeon bien
bâti qui ne rentre pas dans les temps n'est pas
toujours un sujet médiocre. Il lui suffira
d'adapter sa boussole pour devenir un bon
pigeon. Cela prend plus de temps chez certains
que chez d'autres. En cours de saison je
n'éliminerai un prétendu mauvais pigeon que s'il
est toujours un des derniers à répondre à mon
appel au terme de la volée. Un pareil m'énerve,
comme il énerve mon père qui soigne les pigeons
la semaine.
Les pigeons qui ne donnent pas satisfaction en
cours de saison peuvent garder leur place dans
l'équipe. N'étant plus fatigués par la
participation aux concours ils ont tendance à
animer la volée. J'aime attendre de pouvoir
vérifier le comportement de leur descendance.
Nous jouons les jeunes femelles dans les
nationaux. Celles qui s'y distinguent tiennent
de parents de qualité. J'ajouterai même si cela
peut étonner - que j'ai du mal à admettre qu'un
yearling qui ne satisfait pas au veuvage est un
mauvais pigeons. Je vous entends: "Ce type
n'aurait-il que des bons pigeons?"
Vitesse
Je m'explique. Nous n'attachons pas beaucoup
d'importance aux résultats enregistrés dans les
concours pour sélectionner les jeunes mâles.
Nous les jugeons plutôt au "tâter" et au vu de
leur pedigree. Si nous accordons une chance à un
pigeonneau pour passer en yearlings c'est
uniquement parce que nous jugeons qu'il pourra
se tirer d'affaire. Nous ne pouvons pas
prétendre d'entrée qu'il sera un mauvais pigeon.
J'ai déjà écrit: "Ne dites jamais à un
colombophile qu'il a de mauvais pigeons; dites
plutôt que sa femme et sa famille ne valent
rien. Vous serez son pire ennemi et à l'inverse
son meilleur ami".
Ne croyez pas que nous ne tenons pas compte du
comportement des pigeons dans les concours
lorsque nous sélectionnons. La différence entre
les diverses disciplines est grande. Vitesse,
demi-fond, grand demi-fond, fond et grand fond
ne se jugent pas selon les mêmes critères.
Nous classons en vitesse les étapes
jusqu'environ 400 kilomètres. C'est du jeu
d'enfant (excusez l'expression). On peut
sélectionner plus facilement selon les résultats
à ces distances. Un pigeon peut être joué dix à
vingt fois dans l'année. A condition de disposer
de quelques pigeons sains, hébergés dans un bon
colombier, un débutant peut parfaitement se
tirer d'affaire et remporter des prix dans cette
discipline. Il est possible que les pigeonneaux
de certaines souches ne volent pas bien. On ne
peut plus l'admettre lorsqu'ils deviennent
yearling. Si l'on sélectionne une souche en s'en
tenant quelques années aux résultats collectés
en vitesse, on découvrira vite les meilleures
lignées.
Les mêmes extrêmes valent à peu de choses prêt
pour le grand demi-fond jusque Limoges, 640
km.).
Tout en étant rapides, ces pigeons sont plus
complets et ont plus de résistance que les
pigeons de vitesse. Cela leur permet de
participer sans mal à des étapes de 500
kilomètres de quinze en quinze jours.
Fond
Qui joue bien en fond durant quelques années en
arrivera, automatiquement, à tenir plus de
pigeons. Si on sélectionne alors de manière
draconienne les jeunes et les yearlings on ne
réussira pas ou rarement.
Ce n'est pas parce qu'il cause plus de pertes
(les pertes en grand nombre témoignent que ce ne
sont pas des pigeons de fond), mais parce qu'il
faut plus de patience. Je participe volontiers
aux nationaux avec les jeunes femelles, parce
que cela me renseigne plus tôt sur la valeur des
producteurs. Leur classement fournit une
première indication.
La sélection des jeunes mâles "au tâter" et
suivant leur descendance est plus important. Il
n'y va pour eux de la sixième ou septième
génération, mais de leurs parents et
grands-parents.
On a beau prétendre que les lois de l'hérédité
ne sont pas sciences exactes, ce n'est pas de
pigeons étrangers qu'ils tiennent leurs
qualités. Si ces jeunes de souche de fond se
distinguent de temps à autres dans les longues
étapes pour yearlings, on peut considérer avoir
réussi. Et on pourra les garder, sans se faire
de souci à leur égard. S'ils ne confirment pas
ce qu'on attendait d'eux, la sélection se fera
alors en les observant de plus près. Un
yearling, futur coursier de fond, qui rentre
fatigué de la course, peut être éliminé; surtout
s'il est en bonne santé.
Pour les futurs candidats au fond, il suffit de
rentrer en bonne condition physique et plein de
vitalité.
Développer le sens d'orientation
On aime bien sûr apprendre jusqu'à quand il
faudra être patient. Je répondrai: jusqu'à la
fin de leur deuxième année, mais j'ose attendre
plus longtemps.
L'exemple de notre "Tramontane" est bien connu.
Etant plus jeune, il rentrait régulièrement bon
dernier des étapes de 300 et 400 kilomètres. Un
tel comportement pour un pigeon de fond qui
rentre frais comme une rose après plusieurs
heures de vol autorise d'affirmer qu'il dispose
de l'endurance indispensable, mais qu'il doit
encore adapter sa boussole (son sens
d'orientation).
Le "Tramontane" en fournit la preuve. En prenant
de l'âge il s'est classé dans les prix aux
courtes distances comme ailleurs. J'ajouterai
qu'il fut assez malheureux lorsqu'il débutait
dans les étapes de fond souvent perturbées; mais
ce ne peut être une excuse valable. Le vrai
pigeon de fond est au mieux de son rendement
dans les étapes légèrement ou absolument
désastreuses, parce qu'on lui demande un effort
plus intense alors.
Il est des pigeons qui demandent plus de temps
pour développer leur sens de l'orientation, mais
une fois qu'ils y sont parvenus on peut être
persuadé de détenir un bon pigeon qui vaudra son
pesant d'or à la production. C'est tout ce qu'il
ya de plus logique, car s'il n'en était pas
ainsi il y aurait longtemps qu'on aurait éliminé
le sujet. On garde de tels pigeons parce qu'ils
rentrent toujours en parfaite condition, même
s'il leur faut souvent 10 à 12 heures de vol
pour achever une étape de 300 à 400 kilomètres
(témoin de leur résistance).
Que faire alors des enfants ou petits-enfants de
pareils sujets, qui éprouvent du mal à
s'orienter au cours de leur jeunesse? S'il faut
attendre qu'ils aient quatre ans pour s'imposer
réellement, ils ne sont pas intéressants.
Je sais par expérience que le problème ne s'est
jamais posé chez nous. J'ose en conclure que
chaque pigeon doit mettre lui même au point sa
manière de s'orienter et cela par l'adaptation
de facteurs externes plutôt que par des qualités
internes. C'est compliqué? Mais n'est-ce pas ce
qui fait que notre hobby peut être si captivant?
P. Philippens |